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Iphigénie en Aulide (Racine), Didot, 1854Scène IV.

Iphigénie en Aulide (Racine), Didot, 1854
Chapitre 36 / 38

Scène IV.

CLYTEMNESTRE, ÆGINE, gardes.
CLYTEMNESTRE.

Ah ! vous n’irez pas seule, et je ne prétends pas…
Mais on se jette en foule au-devant de mes pas.
Perfides ! contentez votre soif sanguinaire.

ÆGINE.

Où courez-vous, madame ? et que voulez-vous faire ?

CLYTEMNESTRE.

Hélas ! je me consume en impuissants efforts,
Et rentre au trouble affreux dont à peine je sors.
Mourrai-je tant de fois sans sortir de la vie !

ÆGINE.

Ah ! savez-vous le crime, et qui vous a trahie,
Madame ? Savez-vous quel serpent inhumain
Iphigénie avait retiré dans son sein ?
Ériphile, en ces lieux par vous-même conduite,
A seule à tous les Grecs révélé votre fuite.

CLYTEMNESTRE.

Ô monstre, que Mégère en ses flancs a porté !
Monstre, que dans nos bras les enfers ont jeté !
Quoi ! tu ne mourras point ! Quoi pour punir son crime…
Mais où va ma douleur chercher une victime ?
Quoi ! pour noyer les Grecs et leurs mille vaisseaux,
Mer, tu n’ouvriras pas des abîmes nouveaux !
Quoi ! lorsque, les chassant du port qui les recèle,
L’Aulide aura vomi leur flotte criminelle,
Les vents, les mêmes vents si longtemps accusés,
Ne te couvriront pas de ses vaisseaux brisés !

Et toi, soleil, et toi, qui, dans cette contrée,
Reconnais l’héritier et le vrai fils d’Atrée,
Toi, qui n’osas du père éclairer le festin,
Recule, ils t’ont appris ce funeste chemin.
Mais, cependant, ô ciel ! ô mère infortunée !
De festons odieux ma fille couronnée
Tend la gorge aux couteaux par son père apprêtés !
Calchas va dans son sang… Barbares ! arrêtez :
C’est le pur sang du dieu qui lance le tonnerre…
J’entends gronder la foudre, et sens trembler la terre :
Un dieu vengeur, un dieu fait retentir ces coups…