Iphigénie en Aulide (Racine), Didot, 1854 — Scène V.
Scène V.
N’en doutez point, madame, un dieu combat pour vous.
Achille, en ce moment, exauce vos prières ;
Il a brisé des Grecs les trop faibles barrières :
Achille est à l’autel, Calchas est éperdu :
Le fatal sacrifice est encor suspendu.
On se menace, on court, l’air gémit, le fer brille.
Achille fait ranger autour de votre fille
Tous ses amis, pour lui prêts à se dévouer.
Le triste Agamemnon, qui n’ose l’avouer,
Pour détourner ses yeux des meurtres qu’il présage,
Ou pour cacher ses pleurs, s’est voilé le visage.
Venez, puisqu’il se tait, venez par vos discours
De votre défenseur appuyer le secours.
Lui-même de sa main, de sang toute fumante,
Il veut entre vos bras remettre son amante ;
Lui-même il m’a chargé de conduire vos pas :
Ne craignez rien…
Moi, craindre ! Ah ! courons, cher Arcas ;
Le plus affreux péril n’a rien dont je pâlisse.
J’irai partout… Mais dieux ! ne vois-je pas Ulysse ?
C’est lui : ma fille est morte ! Arcas, il n’est plus temps !