Les Précieuses ridicules (1659), première grande comédie qui révèle Molière au public parisien après son retour de treize années d'errance en province, raconte comment deux jeunes provinciales fraîchement arrivées à Paris, Cathos et Magdelon, éprises des manières précieuses et du langage alambiqué alors en vogue dans certains salons mondains, repoussent avec dédain deux prétendants au comportement jugé trop simple et trop direct à leur goût raffiné. Vexés par ce rejet méprisant, les deux gentilshommes évincés se vengent en envoyant leurs propres valets, Mascarille et Jodelet, se faire passer auprès des précieuses pour de brillants marquis à la mode, débitant un galimatias de préciosité outrancière que les deux jeunes filles, éblouies par ce qu'elles prennent pour le comble du raffinement mondain, accueillent avec un enthousiasme ridicule jusqu'à ce que la supercherie soit démasquée et les deux prétendus marquis renvoyés à coups de bâton par leurs propres maîtres. Cette courte pièce, qui connut un succès immédiat et scandaleux en tournant en dérision certains cercles précieux réels de la haute société parisienne, installe d'emblée la réputation de Molière comme observateur satirique impitoyable des travers de son époque, du snobisme langagier à la vanité mondaine. Considérée comme le véritable coup d'envoi de la carrière parisienne triomphante de Molière, cette farce reste un modèle de satire sociale par le pur ridicule du langage. Le nom même de Mascarille, valet déguisé en marquis ridicule, deviendra un type récurrent que Molière reprendra dans plusieurs comédies ultérieures, tant ce personnage de fourbe spirituel et beau parleur avait conquis le public parisien dès cette toute première grande comédie. Créée au Petit-Bourbon en novembre 1659, la pièce connut un tel succès populaire que Molière dut, dit-on, en faire élever le prix des places habituel pour contenir l'affluence du public venu la découvrir. Le mot « précieuses » lui-même, popularisé par cette pièce, entre durablement dans la langue française pour désigner tout snobisme langagier affecté.