Pantagruel (1532), premier volume rédigé par Rabelais bien qu'il précède chronologiquement les aventures de Gargantua dans la fiction, raconte la naissance et l'enfance du géant Pantagruel, fils de Gargantua, dont la naissance elle-même coûte la vie à sa mère Badebec en raison de sa taille prodigieuse, avant de le suivre dans ses études à travers les grandes universités de France puis dans une série d'aventures picaresques marquées par sa rencontre déterminante avec Panurge, personnage facétieux, rusé et truculent dont l'esprit malicieux et les tours pendables deviennent un ressort comique central de tout le cycle rabelaisien à venir. Rabelais y développe déjà, dans ce tout premier volume du cycle, sa satire caractéristique de l'éducation scolastique médiévale et de la justice de son temps, notamment à travers un procès burlesque résolu de manière totalement absurde, tout en multipliant les épisodes de gigantisme comique, Pantagruel noyant par exemple accidentellement toute une armée ennemie sous le simple jet de son urine, dans un registre de farce populaire mêlé à une érudition savante considérable qui caractérise l'ensemble de son art. Ce roman fondateur, qui installe durablement le duo comique Pantagruel-Panurge appelé à traverser l'ensemble du cycle rabelaisien à travers plusieurs volumes ultérieurs, connaît un succès immédiat malgré la censure de la Sorbonne qui le juge scandaleux, contribuant à populariser durablement l'adjectif « pantagruélique » pour désigner tout ce qui est démesuré. Par l'invention de ce duo comique devenu emblématique et sa satire truculente, Pantagruel demeure une œuvre fondatrice de la littérature comique française. Rédigé avant Gargantua bien que présenté ensuite comme sa suite, ce premier volet du cycle installe déjà le procédé narratif du gigantisme comique et de l'énumération verbale démesurée qui deviendra la signature stylistique de toute l'œuvre rabelaisienne, mêlant érudition humaniste, verve populaire et satire des institutions judiciaires et universitaires de son temps avec une liberté de ton qui choquera durablement les autorités religieuses.