Le Quart Livre (1552) raconte le grand voyage maritime entrepris par Pantagruel, Panurge et leurs compagnons vers l'oracle mystérieux de la Dive Bouteille, censé pouvoir répondre définitivement à la question lancinante du mariage de Panurge restée sans réponse satisfaisante à l'issue du Tiers Livre, périple qui permet à Rabelais de multiplier les escales fantaisistes sur des îles allégoriques peuplées de créatures et de peuples extraordinaires, chacune incarnant une satire précise des institutions et des travers de son époque, des Papimanes idolâtres du pape jusqu'aux redoutables Chicanous, personnages incarnant la satire la plus mordante de la chicane judiciaire et des procéduriers abusifs de son temps. Rabelais y développe l'un des épisodes les plus célèbres de tout le cycle, celui des moutons de Panurge, où ce dernier, par vengeance contre un marchand qui l'a offensé, achète un mouton meneur puis le jette à la mer, provoquant tout le troupeau entier à le suivre par mimétisme grégaire aveugle et entraînant dans sa chute le marchand lui-même resté accroché à ses bêtes, épisode devenu proverbial dans la langue française pour désigner tout comportement moutonnier irréfléchi. Cette traversée maritime allégorique, qui multiplie les inventions verbales et les satires sociales et religieuses les plus audacieuses de tout le cycle rabelaisien, notamment un épisode fantastique où les compagnons affrontent une tempête effroyable qui révèle la couardise véritable de Panurge sous ses dehors habituellement facétieux et assurés, reste l'un des volumes les plus riches et les plus foisonnants d'inventions satiriques de toute l'œuvre de Rabelais. Par la richesse de ses inventions allégoriques et satiriques, ce volume compte parmi les plus admirés du cycle rabelaisien. Ce quatrième livre, qui narre le grand voyage maritime de Pantagruel et Panurge vers l'oracle de la Dive Bouteille à travers des îles toutes plus fantasques les unes que les autres, pousse l'invention satirique rabelaisienne jusqu'à son sommet, notamment dans l'épisode fameux des moutons de Panurge qui se jettent tous à la mer par mimétisme grégaire, image restée proverbiale de la sottise collective.