François Rabelais
François Rabelais naît vers 1483 ou 1494, la date exacte restant incertaine, près de Chinon, et embrasse d'abord la vie monastique comme moine franciscain puis bénédictin, formation religieuse qu'il complète par des études approfondies de grec ancien, alors discipline nouvelle et suspecte aux yeux de l'orthodoxie théologique la plus conservatrice, avant de quitter les ordres réguliers pour devenir prêtre séculier et surtout médecin, exerçant notamment à l'Hôtel-Dieu de Lyon, l'un des plus grands hôpitaux de France à cette époque. C'est à Lyon, alors haut lieu de l'humanisme éditorial français, que Rabelais publie en 1532 Pantagruel sous le pseudonyme anagrammatique d'Alcofribas Nasier, roman burlesque mettant en scène un jeune géant aux appétits et à l'érudition démesurés, suivi l'année suivante de Gargantua, consacré au père du héros précédent, dont le fameux chapitre sur l'abbaye utopique de Thélème et sa devise « Fais ce que voudras » résume l'idéal humaniste rabelaisien d'une éducation fondée sur la confiance en la nature humaine plutôt que sur la contrainte monastique traditionnelle. Rabelais y déploie une langue française d'une inventivité verbale extraordinaire, truffée de néologismes, d'énumérations démesurées et de jeux de mots savants mêlés à une verve populaire et scatologique assumée, mettant cette virtuosité linguistique au service d'une satire réjouissante du pédantisme scolastique, du fanatisme religieux et de l'obscurantisme théologique de la Sorbonne, qui condamne d'ailleurs ses ouvrages à plusieurs reprises pour hérésie et obscénité. Protégé par des mécènes puissants, notamment le cardinal Jean du Bellay avec lequel il voyage à Rome à plusieurs reprises, Rabelais poursuit son cycle romanesque avec le Tiers Livre, le Quart Livre et un Cinquième Livre posthume dont l'authenticité complète reste discutée, poursuivant les aventures de Pantagruel et de son compagnon Panurge vers l'oracle de la Dive Bouteille. Mort vers 1553, François Rabelais laisse une œuvre dont l'inventivité linguistique et la verve satirique ont durablement marqué toute la littérature comique française, de Molière à Céline.