Gustave Flaubert
Gustave Flaubert naît en 1821 à Rouen, fils d'un chirurgien réputé chef du principal hôpital de la ville, environnement médical dans lequel il grandit et qui nourrira son regard clinique et distancié sur la nature humaine caractéristique de toute son œuvre romanesque ultérieure. Contraint d'abandonner ses études de droit à Paris après une crise nerveuse sévère, probablement de nature épileptique, qui le frappe en 1844 et le convainc de renoncer à toute carrière conventionnelle pour se consacrer exclusivement à la littérature, Flaubert se retire dans la propriété familiale de Croisset près de Rouen, où il mène désormais une existence quasi monacale entièrement dédiée à la rédaction méticuleuse de ses romans, retravaillant inlassablement chaque phrase à voix haute selon sa méthode dite du « gueuloir » jusqu'à en obtenir la perfection rythmique et sonore absolue qu'il exigeait de sa prose. Cette exigence stylistique inouïe aboutit en 1856 à la publication de Madame Bovary, roman qui lui vaut un procès retentissant pour outrage à la morale publique et religieuse en raison de sa peinture jugée trop crue de l'adultère provincial, procès dont Flaubert sort finalement acquitté mais qui assure paradoxalement un succès de scandale considérable à ce roman devenu depuis l'un des sommets absolus du réalisme français par la perfection de sa construction et l'ironie implacable de son regard sur les illusions romantiques de son héroïne. Flaubert poursuit cette quête d'une prose parfaitement maîtrisée avec Salammbô, reconstitution archéologique minutieuse de l'Antiquité carthaginoise, L'Éducation sentimentale, chronique désenchantée d'une génération à travers la révolution de 1848, et Trois Contes, avant de laisser inachevé à sa mort le projet satirique et encyclopédique de Bouvard et Pécuchet sur la bêtise humaine et l'illusion du savoir universel. Mentor exigeant et généreux du jeune Guy de Maupassant, dont il fut proche par sa mère, ainsi que correspondant fidèle de nombreux écrivains de son temps dont George Sand, avec laquelle il entretient une correspondance littéraire admirable malgré des tempéraments esthétiques opposés, Flaubert meurt subitement en 1880, laissant l'image d'un artisan absolu du style devenu la référence obligée de toute conception exigeante de l'art romanesque.