Comment s'en vont les reines (1916), roman de Colette Yver couronné par l'Académie française et publié chez Calmann-Lévy, se déroule dans une petite monarchie du nord de l'Europe où monte une ferveur républicaine croissante contre la couronne, et suit le jeune député Samuel Wartz et son épouse pleine de fougue, Madeleine, tandis que le faste de la cour, les stratégies parlementaires et les loyautés privées s'entremêlent inextricablement. Le roman s'ouvre sur un bal royal à l'hôtel de ville d'Oldsburg, où Wartz, ébloui mais méfiant, croise le charme calculé de la reine Béatrix, tandis que Madeleine, rayonnante, attire l'attention jusqu'à celle d'un prince ; dans les coulisses de cette agitation mondaine, l'entourage de Wartz débat de son grand projet de loi sur l'instruction obligatoire et des tactiques nécessaires pour en faire un véritable levier politique de transformation sociale. Une scène plus intime, sur un escalier désert, dévoile la « politique du cœur » secrète de Madeleine, un attachement ancien et jamais avoué envers leur mentor le docteur Saltzen, révélation qui nourrit en retour l'insécurité de son mari ; peu après, l'intervention d'un intermédiaire trouble, Bertrand Auburger, entraîne Wartz dans les compromissions souterraines de la vie politique. Ce roman, dédié aux épouses des hommes politiques « reléguées par raison d'État à l'arrière-plan des préoccupations de leur mari », explore avec finesse comment le prestige, la propagande et les sentiments personnels façonnent la vie publique, dans une réflexion sur le déclin de la monarchie et la fabrication calculée d'une République moderne. Colette Yver, romancière régulièrement récompensée par l'Académie française pour ses romans consacrés à la condition féminine et aux dilemmes moraux de la vie moderne, y déploie une observation fine des mécanismes de pouvoir et de représentation qui pèsent sur les femmes placées dans l'entourage immédiat des hommes politiques, qu'elles soient reines ou simples épouses de député.