Méditations poétiques par Alphonse de Lamartine Neuvième édition — MÉDITATION VINGT-SEPTIÈME. Le Chrétien mourant.
MÉDITATION VINGT-SEPTIÈME. Le Chrétien mourant.
QU’ENTENDS-JE ? autour de moi l’airain sacré résonne !
Quelle foule pieuse en pleurant m’environne ?
Pour qui ce chant funèbre et ce pâle flambeau ?
O mort, est-ce ta voix qui frappe mon oreille
Pour la dernière fois ? eh quoi ! je me réveille
Sur le bord du tombeau ?
O toi ! d’un feu divin précieuse étincelle,
De ce corps périssable habitante immortelle,
Dissipe ces terreurs : la mort vient l’affranchir !
Prends ton vol, ô mon âme ! et dépouille tes chaînes.
Déposer le fardeau des misères humaines
Est-ce donc là mourir ?
Mais qu’entends-je ? au moment où mon âme s’éveille,
Des soupirs, des sanglots, ont frappé mon oreille !
Compagnons de l’exil, quoi ! vous pleurez ma mort ?
Vous pleurez ? et déjà dans la coupe sacrée
J’ai bu l’oubli des maux, et mon âme enivrée
Entre au céleste port !
