Les Trophées (1893), unique et très tardif recueil de José-Maria de Heredia, poète d'origine cubaine naturalisé français et fervent disciple de Leconte de Lisle dont il prolonge et perfectionne l'esthétique parnassienne, rassemble cent dix-huit sonnets d'une facture formelle d'une perfection technique exceptionnelle, chacun consacré à évoquer avec une précision plastique et une érudition historique remarquable un moment ou une civilisation du passé, de l'Antiquité grecque et romaine à la Renaissance italienne en passant par la découverte du Nouveau Monde, dans une poésie résolument impersonnelle qui privilégie systématiquement la description objective et la perfection du vers sur toute effusion sentimentale personnelle. Heredia y déploie un art du sonnet d'une virtuosité formelle absolue, chaque poème fonctionnant comme un petit tableau ciselé avec une précision d'orfèvre, restituant avec une économie de moyens remarquable toute la grandeur et la couleur d'une époque ou d'un événement historique en quatorze vers rigoureusement construits, dans l'esprit même de la doctrine parnassienne de l'art pour l'art qui privilégie la beauté formelle pure sur toute autre considération morale ou sentimentale. Ce recueil unique, fruit de plus de vingt années de travail méticuleux et de perfectionnement constant avant sa publication tardive, vaut à Heredia une élection immédiate à l'Académie française et reste considéré comme l'aboutissement le plus accompli et le plus techniquement parfait de toute l'esthétique parnassienne du sonnet historique. Par la perfection formelle absolue de ses sonnets historiques, ce recueil unique demeure une référence technique incontournable de la poésie parnassienne française.