Commandements de Dieu, vous avez endolori mon
âme.
Commandements de Dieu, serez-vous dix ou vingt?
Jusqu’où rétrécirez-vous vos limites?
Enseignerez-vous qu’il y a toujours plus de choses
défendues?
— De nouveaux châtiments promis à la soif
de tout ce que j’aurai trouvé beau sur la terre?
Commandements de Dieu, vous avez rendu malade
mon âme.
Vous avez entouré de murs les seules eaux pour me
désaltérer.
… Mais je me sens à présent, Nathanaël,
plein de pitié pour
les fautes délicates des hommes.
Nathanaël, je t’enseignerai que toutes choses
sont divinement naturelles.
Nathanaël, je te parlerai de tout.
— Je mettrai dans tes mains, petit pâtre, une
houlette sans métal, et nous guiderons doucement,
en tous lieux, des brebis qui n’ont encore
suivi aucun maître.
Pâtre, je guiderai tes désirs vers tout cie qu’il
y a de beau sur la terre.
Nathanaël, je veux enflammer tes lèvres d’une
soif nouvelle, — et puis approcher d’elles des
coupes pleines de fraîcheur; — j’ai bu — je sais
les sources où les lèvres se désaltèrent.
Nathanaël, je te raconterai les sources:
Il y a des sources qui jaillissent des rochers;
Il y en a qu’on voit sourdre de sous les glaciers —
Il y en a de si bleues qu’elles en ont l’air plus profondes;
(À Syracuse la Cyané merveilleuse de cela.)
Source azurée; vasque abritée; éclosion d’eau
entre des papyrus; nous nous sommes penchés
de la barque; sur un gravier qui semblait de
saphirs, des poissons d’azur naviguaient.
À Zaghouan, du Nymphéum jaillissent les eaux
qui jadis abreuvaient Carthage.
À Vaucluse, l’eau sort de terre, abondante
comme si elle coulait depuis longtemps; c’est
déjà presque un fleuve, et qu’on peut remonter
sous la terre; il traverse des grottes et s’imprègne
de nuit. La lumière des torches vacille, est oppressée;
puis il y a un endroit tellement sombre
qu’on se dit: Non, jamais je ne pourrai remonter
ce fleuve plus longtemps.
Il y a des sources ferrugineuses, qui colorent
somptueusement les rochers.
Il y a des sources sulfureuses, dont l’eau verte
et chaude paraît d’abord empoisonnée, — mais,
Nathanaël, lorsqu’on s’y baigne, la peau devient
si suavement douce, qu’après elle est encore plus
délicieuse à toucher.
Il y a des sources d’où s’essorent des brumes,
au soir; brumes qui flottent autour dans la nuit
et qui, le matin, lentement se dissipent.
Petites sources très simples, étiolées entre les
mousses et les joncs.
Sources où viennent laver les laveuses et qui
font tourner des moulins.
Inépuisable provision! jaillissement des eaux.
Abondance de l’eau sous les sources; réservoirs
cachés; vases déclos. La roche dure éclatera. La
montagne se couvrira d’arbustes; — les pays
arides se réjouiront et toute l’amertume du
désert désertfleurira.
Plus de sources jaillissent de la terre que nous
n’avons de soifs pour les boire.
Eaux sans cesse renouvelées; vapeurs célestes
qui retombent;
Si l’on manque d’eaux dans la plaine, que la
plaine vienne boire aux montagnes — ou que des
canaux souterrains portent l’eau des monts vers la
plaine. — Irrigations prodigieuses de Grenade. —
Réservoirs; Nymphées. — Certes, il y a d’extraordinaires
beautés dans les sources — d’extraordinaires
délices à s’y baigner: Piscines! Piscines!
nous sortirons de vous purifiés.
Comme le soleil dans l’aurore
La lune dans la rosée de la nuit —
Dans votre humidité courante…
Nous laverons nos membres fatigués.
Il y a d’extraordinaires beautés dans les sources;
et les eaux qui filtrent sous la terre. Elles apparaissent
après aussi claires que s’elles avaient
traversé du cristal; il y a d’extraordinaires délices
à les boire: elles sont pâles comme l’air, incolores
comme s’elles n’étaient pas, et sans goût;
on ne s’aperçoit d’elles que par leur extrême fraîcheur
et c’est comme leur vertu cachée. Nathanaël, as-tu compris qu’on puisse désirer les
boire?
Les plus grandes joies de mes sens
Ç’ont été des soifs étanchées.
Je te dirai maintenant, Nathanaël, la
LYNCÉUS
Zum sehen geboren,
Zum schauen bestellt.
Gœthe (Faust II).
Commandements de Dieu, vous avez endolori mon
âme.
Commandements de Dieu, serez-vous dix ou vingt?
Jusqu’où rétrécirez-vous vos limites?
Enseignerez-vous qu’il y a toujours plus de choses
défendues?
— De nouveaux châtiments promis à la soif
de tout ce que j’aurai trouvé beau sur la terre?
Commandements de Dieu, vous avez rendu malade
mon âme.
Vous avez entouré de murs les seules eaux pour me
désaltérer.
… Mais je me sens à présent, Nathanaël,
plein de pitié pour
les fautes délicates des hommes.
Nathanaël, je t’enseignerai que toutes choses
sont divinement naturelles.
Nathanaël, je te parlerai de tout.
— Je mettrai dans tes mains, petit pâtre, une
houlette sans métal, et nous guiderons doucement,
en tous lieux, des brebis qui n’ont encore
suivi aucun maître.
Pâtre, je guiderai tes désirs vers tout cie qu’il
y a de beau sur la terre.
Nathanaël, je veux enflammer tes lèvres d’une
soif nouvelle, — et puis approcher d’elles des
coupes pleines de fraîcheur; — j’ai bu — je sais
les sources où les lèvres se désaltèrent.
Nathanaël, je te raconterai les sources:
Il y a des sources qui jaillissent des rochers;
Il y en a qu’on voit sourdre de sous les glaciers —
Il y en a de si bleues qu’elles en ont l’air plus profondes;
(À Syracuse la Cyané merveilleuse de cela.)
Source azurée; vasque abritée; éclosion d’eau
entre des papyrus; nous nous sommes penchés
de la barque; sur un gravier qui semblait de
saphirs, des poissons d’azur naviguaient.
À Zaghouan, du Nymphéum jaillissent les eaux
qui jadis abreuvaient Carthage.
À Vaucluse, l’eau sort de terre, abondante
comme si elle coulait depuis longtemps; c’est
déjà presque un fleuve, et qu’on peut remonter
sous la terre; il traverse des grottes et s’imprègne
de nuit. La lumière des torches vacille, est oppressée;
puis il y a un endroit tellement sombre
qu’on se dit: Non, jamais je ne pourrai remonter
ce fleuve plus longtemps.
Il y a des sources ferrugineuses, qui colorent
somptueusement les rochers.
Il y a des sources sulfureuses, dont l’eau verte
et chaude paraît d’abord empoisonnée, — mais,
Nathanaël, lorsqu’on s’y baigne, la peau devient
si suavement douce, qu’après elle est encore plus
délicieuse à toucher.
Il y a des sources d’où s’essorent des brumes,
au soir; brumes qui flottent autour dans la nuit
et qui, le matin, lentement se dissipent.
Petites sources très simples, étiolées entre les
mousses et les joncs.
Sources où viennent laver les laveuses et qui
font tourner des moulins.
Inépuisable provision! jaillissement des eaux.
Abondance de l’eau sous les sources; réservoirs
cachés; vases déclos. La roche dure éclatera. La
montagne se couvrira d’arbustes; — les pays
arides se réjouiront et toute l’amertume du
désert désertfleurira.
Plus de sources jaillissent de la terre que nous
n’avons de soifs pour les boire.
Eaux sans cesse renouvelées; vapeurs célestes
qui retombent;
Si l’on manque d’eaux dans la plaine, que la
plaine vienne boire aux montagnes — ou que des
canaux souterrains portent l’eau des monts vers la
plaine. — Irrigations prodigieuses de Grenade. —
Réservoirs; Nymphées. — Certes, il y a d’extraordinaires
beautés dans les sources — d’extraordinaires
délices à s’y baigner: Piscines! Piscines!
nous sortirons de vous purifiés.
Comme le soleil dans l’aurore
La lune dans la rosée de la nuit —
Dans votre humidité courante…
Nous laverons nos membres fatigués.
Il y a d’extraordinaires beautés dans les sources;
et les eaux qui filtrent sous la terre. Elles apparaissent
après aussi claires que s’elles avaient
traversé du cristal; il y a d’extraordinaires délices
à les boire: elles sont pâles comme l’air, incolores
comme s’elles n’étaient pas, et sans goût;
on ne s’aperçoit d’elles que par leur extrême fraîcheur
et c’est comme leur vertu cachée. Nathanaël, as-tu compris qu’on puisse désirer les
boire?
Les plus grandes joies de mes sens
Ç’ont été des soifs étanchées.