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Les Nourritures terrestresLYNCÉUS

Les Nourritures terrestres
Chapitre 15 / 20

LYNCÉUS


Zum sehen geboren,
Zum schauen bestellt.

Gœthe (Faust II).


Commandements de Dieu, vous avez endolori mon âme.
Commandements de Dieu, serez-vous dix ou vingt ?
Jusqu’où rétrécirez-vous vos limites ?
Enseignerez-vous qu’il y a toujours plus de choses défendues ?
— De nouveaux châtiments promis à la soif de tout ce que j’aurai trouvé beau sur la terre ?
Commandements de Dieu, vous avez rendu malade mon âme.
Vous avez entouré de murs les seules eaux pour me désaltérer.

… Mais je me sens à présent, Nathanaël,
plein de pitié pour
les fautes délicates des hommes.



Nathanaël, je t’enseignerai que toutes choses sont divinement naturelles.


Nathanaël, je te parlerai de tout.


— Je mettrai dans tes mains, petit pâtre, une houlette sans métal, et nous guiderons doucement, en tous lieux, des brebis qui n’ont encore suivi aucun maître.


Pâtre, je guiderai tes désirs vers tout cie qu’il y a de beau sur la terre.


Nathanaël, je veux enflammer tes lèvres d’une soif nouvelle, — et puis approcher d’elles des coupes pleines de fraîcheur ; — j’ai bu — je sais les sources où les lèvres se désaltèrent.
Nathanaël, je te raconterai les sources :

Il y a des sources qui jaillissent des rochers ;
Il y en a qu’on voit sourdre de sous les glaciers —
Il y en a de si bleues qu’elles en ont l’air plus profondes ;
(À Syracuse la Cyané merveilleuse de cela.)

Source azurée ; vasque abritée ; éclosion d’eau entre des papyrus ; nous nous sommes penchés de la barque ; sur un gravier qui semblait de saphirs, des poissons d’azur naviguaient.

À Zaghouan, du Nymphéum jaillissent les eaux qui jadis abreuvaient Carthage.

À Vaucluse, l’eau sort de terre, abondante comme si elle coulait depuis longtemps ; c’est déjà presque un fleuve, et qu’on peut remonter sous la terre ; il traverse des grottes et s’imprègne de nuit. La lumière des torches vacille, est oppressée ; puis il y a un endroit tellement sombre qu’on se dit : Non, jamais je ne pourrai remonter ce fleuve plus longtemps.

Il y a des sources ferrugineuses, qui colorent

somptueusement les rochers.

Il y a des sources sulfureuses, dont l’eau verte et chaude paraît d’abord empoisonnée, — mais, Nathanaël, lorsqu’on s’y baigne, la peau devient si suavement douce, qu’après elle est encore plus délicieuse à toucher.

Il y a des sources d’où s’essorent des brumes, au soir ; brumes qui flottent autour dans la nuit et qui, le matin, lentement se dissipent.

Petites sources très simples, étiolées entre les mousses et les joncs.

Sources où viennent laver les laveuses et qui font tourner des moulins.

Inépuisable provision ! jaillissement des eaux. Abondance de l’eau sous les sources ; réservoirs cachés ; vases déclos. La roche dure éclatera. La montagne se couvrira d’arbustes ; — les pays arides se réjouiront et toute l’amertume du désert
désertfleurira.

Plus de sources jaillissent de la terre que nous

n’avons de soifs pour les boire.

Eaux sans cesse renouvelées ; vapeurs célestes qui retombent ;

Si l’on manque d’eaux dans la plaine, que la plaine vienne boire aux montagnes — ou que des canaux souterrains portent l’eau des monts vers la plaine. — Irrigations prodigieuses de Grenade. — Réservoirs ; Nymphées. — Certes, il y a d’extraordinaires beautés dans les sources — d’extraordinaires délices à s’y baigner : Piscines ! Piscines ! nous sortirons de vous purifiés.

Comme le soleil dans l’aurore
La lune dans la rosée de la nuit —
Dans votre humidité courante…
Nous laverons nos membres fatigués.


Il y a d’extraordinaires beautés dans les sources ; et les eaux qui filtrent sous la terre. Elles apparaissent après aussi claires que s’elles avaient traversé du cristal ; il y a d’extraordinaires délices à les boire : elles sont pâles comme l’air, incolores comme s’elles n’étaient pas, et sans goût ; on ne s’aperçoit d’elles que par leur extrême fraîcheur et c’est comme leur vertu cachée. Nathanaël, as-tu compris qu’on puisse désirer les boire ?

Les plus grandes joies de mes sens
Ç’ont été des soifs étanchées.


Je te dirai maintenant, Nathanaël, la