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Jules César : tragédie en cinq actesTOUJOURS A ROME. — LE VERGER DE BRUTUS

Jules César : tragédie en cinq actes
Chapitre 4 / 18

TOUJOURS A ROME. — LE VERGER DE BRUTUS

(Entre BRUTUS.)

 

BRUTUS.

Hé ! Lucius, holà ! je ne puis, par la marche des étoiles, conjecturer combien nous sommes près du jour. Lucius, dis-je ! Je voudrais que ce fût mon défaut de dormir si profondément. Allons ! Lucius, allons ! réveillons-nous, te dis-je ! Hé ! Lucius !

(Entre LUCIUS.)

 

LUCIUS.

M’appeliez-vous, mon seigneur ?

BRUTUS.

Donne-moi un flambeau dans mon cabinet, Lucius : quand il sera allumé, viens m’appeler ici.

LUCIUS.

J’y vais, mon seigneur.

(Il sort.)

BRUTUS.

Ce doit être par sa mort : et pour ma part, je ne connais pas de cause personnelle pour l’attaquer, sauf la cause générale. Il voudrait être couronné : comment cela pourrait-il changer sa nature ? c’est la question. C’est le jour brillant qui fait éclore la vipère ; et cela exige une marche prudente. Le couronner ? c‘est cela; et alors, je l’admets, nous mettons en lui un dard avec lequel à son gré il pourra nuire. C’est l’abus de la grandeur quand elle sépare la conscience de la puissance : et pour dire la vérité de César, je n’ai pas su, quand ses affections ont eu plus d’influence que sa raison. Mais c’est une vérité d’expérience63 que la modestie est l’échelle de la jeune ambition vers laquelle le grimpeur tourne son visage : mais quand il atteint une fois le dernier échelon, alors il tourne le dos à l’échelle, regarde dans les nuages, méprisant les humbles degrés par lesquels il est monté : ainsi César peut faire ; alors de peur qu’il ne le puisse, prévenons-le. Et puisque la querelle ne portera aucune couleur pour la chose qu’il est64, façonnons cela ainsi : ce qu’il est, étant augmenté, courrait à telles et telles extrémités : et par conséquent jugeons-le, comme un œuf de serpent, qui, une fois éclos, deviendrait malfaisant par sa nature, et tuons-le dans la coquille.

(Rentre LUCIUS.)

LUCIUS.

Le flambeau brûle dans votre cabinet, seigneur. En cherchant à la fenêtre la pierre à feu, j’ai trouvé. . .

(Lui donnant un papier.)

ce papier, ainsi cacheté; et je suis sûr qu’il n’y était pas quand j’allai me coucher.

BRUTUS.

Allez-vous coucher de nouveau; il ne fait pas jour. N’est-ce pas demain, garçon, les ides de Mars ?

LUCIUS.

Je ne sais pas, seigneur.

BRUTUS.

Regarde dans le calendrier et apporte-moi la réponse.

LUCIUS.

J’y vais, seigneur.

(Il sort.)

BRUTUS.

Les exhalaisons qui sifflent dans l’air, donnent tant de lumière, que je puis lire à leur clarté65.

(Il ouvre la lettre et lit.)

« Brutus, tu dors : réveille-toi, et vois toi-même. Rome » doit-elle ? etc. . . Parle, frappe, redresse ! » « Brutus, tu dors : réveille-toi ! » De telles instigations ont été souvent glissées où je les ai ramassées. « Rome doit-elle ? etc. . . » Ainsi dois-je compléter : Rome doit-elle se tenir sous la crainte d’un homme ? Quoi, Rome ? Mes ancêtres chassèrent des rues de Rome le Tarquin, quand il fut appelé roi. « Parle, frappe, redresse ! » Suis-je donc prié de parler et de frapper ? O Rome, je te fais la promesse que, si le redressement s’ensuit, tu recevras ton entière demande de la main de Brutus.

(Rentre LUCIUS.)

LUCIUS.

Seigneur, Mars est consumé de quatorze jours.

(On frappe à l’extérieur.)

BRUTUS.

C’est bien. Va à la porte. Quelqu’un frappe.

(Sort LUCIUS.)

Depuis que Cassius m’a une première fois excité66 contre César, je n’ai pas dormi. Entre l’accomplissement d’une action terrible et la première pensée, tout l’intervalle est semblable à une fantastique vision ou à un rêve hideux : le Génie (la raison) et les instruments mortels (les membres) sont alors en délibération : et l’état de l’homme, semblable à un petit royaume, souffre alors une sorte d’insurrection.

(Rentre LUCIUS.)

LUCIUS.

Seigneur, c’est votre frère Cassius, qui est à la porte et qui désire vous voir.

BRUTUS.

Est-il seul ?

LUCIUS.

Non, seigneur, il y en a d’autres67 avec lui.

BRUTUS.

Les connaissez-vous ?

LUCIUS.

Non, seigneur; leurs chapeaux sont rabattus sur leurs oreilles, et leurs visages à moitié ensevelis dans leurs manteaux, de telle sorte que d’aucune façon je ne puis les reconnaître à quelque trait de leur visage.

BRUTUS.

Qu’ils entrent.

(Sort LUCIUS.)

C’est la faction. 0 conspiration, as-tu honte de montrer ton front dangereux pendant la nuit, alors que le mal est le plus libre ? Oh ! pendant le jour, donc, où trouveras-tu une caverne assez profonde pour masquer ton monstrueux visage ? N’en cherche pas, conspiration : cache-toi dans les sourires et l’affabilité : car, si tu revêts ta ressemblance naturelle, l’Érèbe lui-même ne sera pas assez obscur pour te dérober au soupçon.

 

(Entront CASSIUS, CASCA, DÉCIUS, CINNA, MÉTELLUS CIMBER et TRÉBONIUS.)

 

CASSIUS.

Je pense que nous troublons trop hardiment 68 votre repos. Bonjour, Brutus; est-ce que nous vous dérangeons ?

BRUTUS.

Je suis debout depuis une heure, et j’ai été éveillé toute la nuit. Est-ce que je connais ces hommes qui viennent en même temps que vous ?

CASSIUS.

Oui, chacun d’eux; et il n’est personne ici qui ne vous honore ; chacun désire que vous ayez seulement de vous-même cette opinion que chaque noble Romain a 69 de vous. Celui-ci est Trébonius.

BRUTUS.

Il est le bienvenu ici.

CASSIUS.

Celui-ci, Décius Brutus.

BRUTUS.

Il est le bienvena uussi.

CASSIUS.

Celui-ci, Casca; celui-ci, Cinna; et celui-ci, Métellus Cimber.

BRUTUS.

Ils sont tous les bienvenus. Quels vigilants soucis s’interposent entre vos yeux et le repos de la nuit ?

CASSIUS.

Vous demanderai-je une explication ?

(BRUTUS et Cassius chuchotent.)

DÉCIUS.

Voici l’est : n’est-ce pas le jour qui paraît ici ?

CASCA.

Non.

CINNA.

Oh ! pardon, seigneur, il se lève, et ces lignes grises là-bas qui sillonnent les nuages sont messagères du jour.

CASCA.

Vous avouerez que vous vous êtes tous les deux trompés. Ici, où70 je dirige mon épée, le soleil se lève; et cet endroit s’avance beaucoup vers le sud 71, amenant la jeune saison de l’année. Dans deux mois d’ici, plus haut vers le nord, il lancera ses premiers feux, et le haut orient se trouve comme le Capitole, directement ici.

BRUTUS.

Donnez-moi vos mains, tous successivement, un par un.

CASSIUS.

Et jurons notre résolution.

BRUTUS.

Non, pas de serment; si notre figure d’hommes, la souffrance de nos âmes, l’abus du temps, sont de faibles motifs, brisons de suite et que chacun retourne d’ici à sa couche paresseuse ; ainsi laissons s’avancer la tyrannie qui regarde haut, jusqu’à ce que chacun tombe à l’appel du sort. Mais si ces motifs, comme j’en suis sûr, portent assez de feu pour enflammer les lâches et pour armer de valeur les âmes molles des femmes; alors, compatriotes, qu’avons-nous besoin d’autre éperon que notre cause, pour nous exciter à réformer ? Quel autre lien que celui que forment des Romains fidèles au secret, qui ont engagé leur parole et ne tergiverseront pas ? et quel autre serment que celui de l’honneur engagé à l’honneur, que ceci sera ou que nous succomberons pour l’obtenir ? Faites jurer des prêtres et des lâches et des hommes cauteleux, de faibles vieillards au corps décrépit, et ces âmes patientes qui souffrent les injures; dans les mauvaises causes faites jurer les créatures dont on se défie : mais ne souillons pas la vertu même de notre entreprise, ni le métal indomptable de nos cœurs, pour penser que, ou notre cause ou notre exécution a besoin d’un serment, quand chaque goutte de sang que porte chaque noble Romain et qu’il porte noblement, est capable d’une bâtardise particulière, s’il brise la plus petite particule de quelque promesse passée par sa bouche.

CASSIUS.

Mais que dites-vous de Cicéron ? Le sonderons-nous ? Le crois qu’il se tiendra très fortement avec nous.

CASCA.

Ne le laissons pas à l’écart.

CINNA.

Non, en aucune façon.

MÉTELLUS.

Oh ! il faut que nous l’ayons; car ses cheveux d’argent nous vaudront une bonne opinion, et nous achèterons les voix des hommes pour recommander nos actions : on dira que son jugement réglait nos mains : notre jeunesse et noire témérité n’apparaîtront pas du tout, mais seront tout ensevelies dans sa gravité.

BRUTUS.

Oh ! ne le nommez pas : ne nous ouvrons pas à lui 72; car il ne veut jamais poursuivre un projet que les autres commencent.

CASSIUS.

Alors laissons-le en dehors.

CASCA.

En vérité, il n’est pas celui qui convient.

DÉCIUS.

N’y aura-t-il aucun autre homme de frappé que César seul ?

CASSIUS.

Décius, bien parlé 73 : je pense qu’il n’est pas convenable que Marc-Antoine, tant aimé de César, survive à César; nous trouverons en lui un habile machinateur; et vous savez que ses moyens, s’il les met à profit, peuvent bien s’étendre assez loin pour nous inquiéter tous : pour prévenir cela, que César et Antoine tombent ensemble.

BRUTUS.

Nos procédés74 sembleront trop sanguinaires, Caius Cassius, de couper la tête et ensuite de hacher les membres, ce sera comme la colère dans la mort, et la haine ensuite; car Antoine n’est qu’un membre de César : soyons sacrificateurs, mais non pas bouchers, Caius. Tous, nous nous dressons contre l’âme de César; et dans l’âme des hommes, il n’y a pas de sang. Oh ! puissions-nous donc arriver jusqu’à l’âme de César et ne pas démembrer César ! Mais, hélas ! César doit saigner pour cela ! Et, aimables amis, tuons-le hardiment, mais non avec colère : découpons-le comme un plat convenable pour les dieux, mais ne le hachons pas comme une carcasse bonne pour les chiens; et que nos cœurs, comme le font les maîtres adroits, excitent leurs serviteurs à un acte de fureur, et ensuite semblent les gronder. Ceci rendra notre dessein nécessaire, mais non déterminé par la haine : et ceci apparaissant aux yeux de tous, nous serons appelés médecins, non pas assassins. Et quand à Marc-Antoine, n’y pensez pas, car il ne peut pas faire plus de mal que le bras de César quand la tête de César ne sera plus.

CASSIUS.

Cependant je le crains; car avec l’amour enraciné qu’il porte à César. . .

BRUTUS.

Hélas ! bon Cassius, ne pensez pas à lui : s’il aime César, tout ce qu’il peut faire est pour lui-même, s’abandonner à de tristes pensées75 et mourir pour César, et ce serait beaucoup qu’il le fît : car il aime 76 les jeux, la dissipation et la nombreuse compagnie.

TRÉBONIUS.

Il n’y a pas à le craindre77; qu’il ne meure pas; car il vivra78 et rira de ceci plus tard.

(L’horloge frappe.)

BRUTUS.

Paix ! comptez l’horloge.

CASSIUS.

L’horloge a frappé trois heures.

TRÉBONIUS.

Il est temps de se séparer.

CASSIUS.

Mais il est encore douteux si César sortira aujourd’hui ou non : car il est devenu superstitieux depuis peu : tout à fait contrairement à la ferme opinion qu’il avait79 jadis sur les visions, les rêves et les présages : il peut se faire que ces prodiges apparents, terreur inaccoutumée de cette nuit, et la persuasion de ses augures, le retiennent loin du Capitole aujourd’hui.

DÉCIUS.

Ne craignez jamais cela : s’il est ainsi résolu, je puis l’influencer, car il aime à entendre dire que les licornes peuvent être prises80 avec des arbres, et les ours avec des miroirs, les éléphants avec des trous, les lions avec des filets, et les hommes avec des flatteurs : mais, quand je lui dis qu’il hait les flatteurs, il dit qu’il les hait, alors même qu’il est le plus flatté. Laissez-moi faire81 : car je puis donner à son humeur la vraie tournure, et je l’emmènerai au Capitole.

CASSIUS.

Bien plus, nous serons tous là pour aller le chercher.

BRUTUS.

A la huitième heure : est-ce le plus tard ?

CINNA.

Que ce soit le plus tard, et ne manquez pas alors.

MÉTELLUS.

Caius Ligarius supporte difficilement César, qui le réprimanda pour avoir bien parlé de Pompée, je m’étonne qu’aucun de vous n’ait pensé à lui.

BRUTUS.

Maintenant, bon Métellus, allez-vous-en le trouver 82 : il m’aime bien, et je lui ai donné des motifs d’affection ; envoyez-le seulement ici et je le façonnerai.

CASSIUS.

Le matin vient sur nous : nous allons vous laisser, Brutus : et, vous, amis, dispersez-vous : mais tous rappelez-vous ce que vous avez dit, et montrez-vous de vrais Romains.

BRUTUS.

Bons gentilshommes, paraissez frais et joyeux . que nos regards ne trahissent pas83 nos desseins, mais supportons cela comme le font nos acteurs romains, avec des esprits infatigables et une constance absolue : et ainsi, bonjour à chacun d’entre vous.

(Ils sortent tous, excepté BRUTUS.)

Garçon ! Lucius ! Profondément endormi ? Peu importe; jouis de la pesante rosée de miel du sommeil : tu n’as pas les figures et les hallucinations que le souci affairé attire dans les cerveaux des hommes : c’est pourquoi tu dors si profondément.

(Entre PORTIA.)

PORTIA.

Brutus, mon seigneur !

BRUTS.

Portia, que voulez-vous ? pourquoi vous levez-vous maintenant ? Il n’est pas bon pour votre santé d’exposer ainsi votre faible complexion à l’âpre et froid matin.

PORTIA.

Ni pour la vôtre non plus. Vous vous êtes peu aimablement, Brutus, dérobé de ma couche : et hier soir, au souper, vous vous levâtes soudain, et vous marchâtes çà et là méditant et soupirant, avec vos bras croisés : et quand je vous demandai ce qu’il y avait, vous me regardâtes fixement avec des regards peu aimables : je vous pressai davantage, alors vous vous grattâtes la tête et vous frappâtes du pied trop impatiemment : j’insistai encore, et vous ne répondîtes pas encore ; mais avec un geste courroucé de votre main, vous me fîtes signe de vous laisser : je le fis; craignant d’accroître cette impatience qui semblait trop enflammée, et avec cela, espérant que ce n’était seulement qu’un effet d’humeur, qui quelquefois trouve son moment84 auprès de tout homme. Elle ne veut pas vous laisser manger, ni causer, ni dormir; et pût-elle influer autant sur votre extérieur, qu’elle a prévalu sur votre caractère, je ne vous reconnaîtrais pas, Brutus. Mon cher seigneur, faites-moi connaître la cause de votre douleur.

BRUTUS.

Je ne suis pas en bonne santé, et voilà tout.

PORTIA.

Brutus est sage, et, s’il n’était pas en bonne santé, il choisirait les moyens de l’être.

BRUTUS.

Eh bien, je fais ainsi. Bonne Portia, allez au lit.

PORTIA.

Si Brutus est malade, est-il salutaire de se promener débraillé, et d’aspirer les humeurs du matin humide ? Quoi ! Brutus est malade, et il se dérobera de sa couche salutaire pour affronter la vile contagion de la nuit, et exciter l’air humide et impur à ajouter à sa maladie ? Non, mon Brutus, vous avez dans l’esprit quelque mal qui vous blesse 85, que par le droit et la vertu de ma place je crois connaître : et à deux genoux, je vous conjure, par ma beauté jadis vantée, par tous vos voeux d’amour et ce grand vœu qui nous unit et nous fit un, que vous m’expliquiez à moi, autre vous-même, votre moitié, pourquoi vous êtes triste; et quels hommes, cette nuit, ont eu conférence avec vous, car il y a eu quelque six ou sept hommes qui cachaient leurs figures même aux ténèbres.

BRUTUS.

Ne vous agenouillez pas, aimable Portia,.

PORTIA.

Je n’en aurais pas besoin, si vous étiez l’aimable Brutus. Dans le lien du mariage, dites-moi, Brutus, est-il excepté que je ne connaîtrais pas les secrets qui vous appartiennent ? Ne suis-je vous-même seulement, pour ainsi dire, que jusqu’à un certain point et avec des réserves 86 pour rester avec vous aux repas, agrémenter votre lit et vous entretenir quelquefois ? Est-ce que je demeure seulement dans les faubourgs de votre bon plaisir ? S’il n’y a rien de plus, Portia est la favorite de Brutus et non son épouse.

BRUTUS.

Vous êtes ma véritable et honorable épouse, aussi chère à mon âme que les gouttes vermeilles qui visitent mon triste cœur.

PORTIA.

Si c’était vrai, je connaîtrais alors ce secret. J’admets que je suis une femme : mais, après tout, une femme que le seigneur Brutus a prise pour épouse ; j’admets que je suis une femme : mais, après tout, une femme de bonne réputation, la fille de Caton. Pensez-vous que je ne suis pas plus forte que mon sexe, ayant un tel père et un tel époux ? Dites-moi vos projets; je ne les divulguerai pas : j’ai donné une forte preuve de ma constance en me faisant une blessure volontaire, ici, à la cuisse ; suis-je capable de supporter cela avec patience et non de garder les secrets de mon mari ?

BRUTUS.

O vous, dieux, rendez-moi digne de cette noble épouse !

(On frappe à l’extérieur.)

Écoutez, écoutez : on frappe ! Portia, entre un moment et tout à l’heure ton sein partagera les secrets de mon cœur : je t’expliquerai tous mes engagements, toute l’expression de mon triste front : laisse-moi en hâte.

(Sort PORTIA.)

Lucius, qui est-ce qui frappe ?

(Rentre Lucius avecLIGARIUS.)

LUCIUS.

Voici un malade qui voudrait vous parler.

BRUTUS.

Caius Ligarius dont parlait Métellus. — Garçon, tiens-toi à l’écart. — Caius Ligarius, comment !

LIGARIUS.

Veuillez recevoir le bonjour d’une faible langue.

BRUTS.

Oh ! quel temps avez-vous choisi, brave Caius, pour porter un bandeau ? Combien je voudrais que vous ne fussiez pas malade !

LIGARIUS.

Je ne suis pas malade, si Brutus a en main quelque exploit digne du nom d’honneur.

BRUTUS.

J’aurais en main un tel exploit, Ligarius, si vous aviez une oreille saine pour en entendre parler ?

LIGARIUS.

Par tous les dieux devant lesquels les Romains s’inclinent, sur-le-champ je congédie ma maladie ! Ame de Rome ! brave fils, issu d’une honorable race87 ! Comme un exorciste, tu as conjuré le mal dans mon âme abattue. Maintenant ordonne-moi de courir, et je lutterai avec des choses impossibles ; bien plus j’en viendrai à bout 88. Qu’y a-t-il à faire ?

BRUTUS.

Un ouvrage89 qui rendra malades les hommes en bonne santé 90.

LUGARIUS.

Mais n’y a-t-il pas des hommes en bonne santé que nous devons rendre malades ?

BRUTUS.

Oui, nous le devons aussi. Je t’expliquerai ce que c’est, mon Caius, en nous rendant chez celui sur qui cela doit être fait.

LIGARIUS.

Placez en avant votre pied, et avec un cœur nouvellement embrasé, je vous suis pour faire je ne sais quoi : mais il suffit que Brutus me conduise.

BRUTUS.

Suivez-moi donc.

(Ils sortent )