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Jules César : tragédie en cinq actesTOUJOURS A ROME. — UNE PIÈCE DE LA MAISON D’ANTOIN

Jules César : tragédie en cinq actes
Chapitre 11 / 18

TOUJOURS A ROME. — UNE PIÈCE DE LA MAISON D’ANTOIN

(ANTOINE, OCTAVE et LÉPIDE, assis à une table.)

ANTOINE.

Tous ceux-là donc mourront; leurs noms sont marqués.

OCTAVE.

Votre frère aussi doit mourir; y consentez-vous, Lépide ?

LÉPIDE.

J’y consens.

OCTAVE.

Marquez-le, Antoine.

LÉPIDE.

A condition que Publius, le fils de votre sœur, Marc-An toine, disparaîtra.

ANTOINE.

Il ne vivra pas; regardez, d’un trait je le condamne. Mais, Lépide, allez chez César; apportez ici le testament, et nous déterminerons comment on peut retrancher certaines charges onéreuses dans les legs.

LÉPIDE.

Mais vous trouverai-je ici ?

OCTAVE.

Ou ici, ou au Capitole.

(Sort LÉPIDE.)

ANTOINE.

C’est un homme léger et sans mérite, bon à être envoyé en commissions; est-il convenable que, le monde étant divisé en trois, il soit un des trois à partager ?

OCTAVE.

C’est ainsi que vous le jugez, et vous avez pris sa voix pour décider qui serait condamné à mort sur notre noire sentence de proscription.

ANTOINE.

Octave, j’ai vu plus de jours que vous; et quoique nous placions ces honneurs sur cet homme, pour nous alléger de divers fardeaux odieux, il ne les portera que comme l’âne porte l’or : pour gémir et suer sous la besogne, pour être conduit et poussé selon la route que nous lui indiquerons ; puis, quand il aura porté notre trésor où nous voudrons, enlevons-lui alors la charge, et renvoyons-le, comme l’âne déchargé, secouer les oreilles et paître dans le communal.

OCTAVE.

Vous pouvez faire à votre guise; mais c’est un soldat éprouvé et brave.

ANTOINE.

Il en est de même de mon cheval, Octave; et pour cela je lui assigne une provision de fourrage; c’est un être que j’instruis à combattre, à tourner, à s’arrêter, à courir droit au but, en gouvernant par mon esprit tous les mouvements de son corps. A certains égards, il en est ainsi de Lépide; il faut l’instruire, l’exercer, lui commander de marcher; c’est un homme à l’esprit bouché, qui ne se sert d’objets d’art et d’imitation pour en faire sa mode, que quand ils sont vieillis et mis au rebut par les autres hommes; ne parlez de lui que comme d’un instrument servile. Et maintenant, Octave, écoutez de grandes choses : Brutus et Cassius lèvent des troupes : il nous faut leur tenir tête sur-le-champ; et pour cela, combinons une alliance, assurons-nous de nos meilleurs amis et déployons nos meilleurs moyens. Allons de suite siéger en conseil, pour aviser aux moyens les plus efficaces de découvrir les menées ténébreuses et de conjurer sûrement les dangers imminents.

OCTAVE.

Qu’il en soit ainsi; car nous sommes liés au poteau et poursuivis par les aboiements de nombreux ennemis; quelques-uns qui nous sourient ont dans le cœur, je le crains, des millions de noirs desseins.

(Ils sortent.)