Jules César : tragédie en cinq actes — TOUJOURS A ROME. — UNE RUE
TOUJOURS A ROME. — UNE RUE
(Entre CINNA le poète.)
CINNA.
Je rêvais cette nuit que je festoyais avec César, et des présages malheureux obsédaient mon imagination. J’éprouve de la répugnance à sortir au dehors, et cependant quelque chose m’y pousse.
(Entrent les citoyens.)
PREMIER CITOYEN.
Quel est votre nom ?
SECOND CITOYEN.
Où allez-vous ?
TROISIÈME CITOYEN.
Où habitez-vous ?
QUATRIÈME CITOYEN.
Êtes-vous marié ou célibataire ?
SECOND CITOYEN.
Répondez à chacun directement.
PREMIER CITOYEN.
Oui, et brièvement.
QUATRIÈME CITOYEN.
Oui, et sagement.
TROISIÈME CITOYEN.
Oui et sincèrement, vous ferez bien.
CINNA.
Quel est mon nom ? Où je vais ? Où je demeure ? Suis-je marié ou célibataire ? Donc pour répondre à chacun de suite et brièvement, sagement et sincèrement : sagement, je dis que je suis célibataire.
SECOND CITOYEN.
C’est autant que de dire : ils sont fous ceux qui se marient; vous emporterez un coup de ma façon, je le crains. Continuez : directement.
CINNA.
Directement, je vais aux funérailles de César.
PREMIER CITOYEN.
Comme ami ou comme ennemi ?
CINNA.
Comme ami.
SECOND CITOYEN.
Vous avez répondu à cette question directement.
QUATRIÈME CITOYEN.
Votre habitation, brièvement.
CINNA.
Brièvement, j’habite auprès du Capitole.
TROISIÈME CITOYEN.
Votre nom, monsieur, sincèrement.
CINNA.
Sincèrement, mon nom est Cinna.
PREMIER CITOYEN.
Mettez-le en pièces ! c’est un conspirateur.
CINNA.
Je suis Cinna le poète, je suis Cinna le poète,
QUATRIÈME CITOYEN.
Mettez-le en pièces pour ses mauvais vers, mettez-le en pièces pour ses mauvais vers.
CINNA.
Je ne suis pas Cinna le conspirateur.
QUATRIÈME CITOYEN.
Peu importe, son nom est Cinna; arrachez-lui le nom du cœur, et laissez-le partir.
TROISIÈME CITOYEN.
Mettez-le en pièces, mettez-le en pièces ! Des brandons ! holà ! Allons ! des brandons allumés : chez Brutus, chez Cassius, brûlons tout; les uns chez Décius, les autres chez Casca; les autres chez Ligarius; en avant, partons !
(Ils sortent.)
