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Jules César : tragédie en cinq actesDEVANT LA TENTE DE BRUTUS, AU CAMP PRÈS DE SARDES

Jules César : tragédie en cinq actes
Chapitre 12 / 18

DEVANT LA TENTE DE BRUTUS, AU CAMP PRÈS DE SARDES

(Tambour. Entrent BRUTUS, LUCILIUS, TITINIUS, et des soldats; PINDARE vient à leur rencontre; LUCIUS à quelque distance.)

 

BRUTUS.

Halte, holà !

LUCILIUS.

Donnez le mot d’ordre, holà ! halle !

BRUTUS.

Eh bien, Lucilius Cassius approche-t-il ?

LUCILIUS.

Il est tout près, et Pindare arrive pour nous saluer de la part de son maître.

(PINDARE donne une lettre à BRUTUS.)

BRUTUS.

Il me salue en ami. Votre maître, Pindare, par son changement et par ses mauvais officiers, m’a donné quelque grave raison de désirer que les choses accomplies ne le fussent pas; mais, s’il est proche, je serai éclairé.

PINDARE.

Je ne doute pas que mon noble maître ne vous paraisse tel qu’il est, plein d’égards et d’honneur.

BRUTUS.

Ce n’est pas douteux. — Un mot, Lucilius, informez-moi de la façon dont il vous reçut.

LUCILIUS.

Avec assez de courtoisie et d’égards ; mais pas avec cette familiarité, ni ces entretiens libres et amicaux que je lui ai connus autrefois.

BRUTUS.

Tu me dépeins un ami chaud qui se refroidit : remarque toujours, Lucilius, que, quand l’affection commence à languir et à décroître, elle emploie un redoublement de politesse 125. Il n’y a pas de ruses dans la simple et franche loyauté : mais les hommes perfides, comme les chevaux pleins de feu sous la main, font bravement montre d’ardeur et promettent merveilles; mais, lorsqu’ils doivent endurer le cruel éperon, ils laissent tomber la tête, et, comme des rosses trompeuses, faiblissent dans l’épreuve. Son armée vient-elle ?

LUCILIUS.

Ils veulent loger ce soir à Sardes; la plus grande partie, urtout la cavalerie, marche avec Cassius.

(Marche au dehors.)

BRUTUS.

Écoutez, il est arrivé : allons amicalement à sa rencontre.

(Entrent CASSIUS et des soldats.)

CASSIUS.

Halte, holà !

BRUTUS.

Halte, holà ! faites circuler le mot d’ordre.

AU DEHORS.

Halte !

AU DEHORS.

Halte !

AU DEHORS.

Halte !

CASSIUS.

Très noble frère, vous m’avez fait injure.

BRUTUS.

Soyez mes juges, ô dieux ! Fais-je injure à mes ennemis et si cela n’est pas, comment ferais-je injure à un frère ?

CASSIUS.

Brutus, votre froide réserve cache des injures; et quand vous me la montrez. . .

BRUTUS.

Cassius, modérez-vous ; dites vos griefs doucement, je vous connais bien; ne nous disputons pas, sous les yeux de nos deux armées ici réunies qui ne devraient s’apercevoir que de notre affection; faites-les éloigner : puis dans ma tente, Cassius, exposez vos griefs, et là je les écouterai.

CASSIUS.

Pindare, dites à nos capitaines de conduire leurs troupes un peu plus loin.

BRUTUS.

Lucilius, faites de même; et que personne ne vienne nous trouver en notre tente avant que nous ayons fini notre conférence. Que Lucius et Titinius gardent la porte.

(Ils sortent.)