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Le Mariage de FigaroScène VI

Le Mariage de Figaro
Chapitre 23 / 90

Scène VI

CHÉRUBIN, LA COMTESSE, SUZANNE.
Suzanne entre avec un grand bonnet.

Le cachet, à quoi ?

La Comtesse.

À son brevet.

Suzanne.

Déjà ?

La Comtesse.

C’est ce que je disais. Est-ce là ma baigneuse ?

Suzanne s’assied près de la comtesse.

Et la plus belle de toutes.

(Elle chante avec des épingles dans sa bouche.)

Tournez-vous donc envers ici,
Jean de Lyra, mon bel ami.

(Chérubin se met à genoux. Elle le coiffe.)

Madame, il est charmant !

La Comtesse.

Arrange son collet d’un air un peu plus féminin.

Suzanne l’arrange.

Là… mais voyez donc ce morveux, comme il est joli en fille ! J’en suis jalouse, moi ! (Elle lui prend le menton.) Voulez-vous bien n’être pas joli comme ça ?

La Comtesse.

Qu’elle est folle ! Il faut relever la manche, afin que l’amadis prenne mieux… (Elle le retrousse.) Qu’est-ce qu’il a donc au bras ? Un ruban ?

Suzanne.

Et un ruban à vous. Je suis bien aise que madame l’ait vu. Je lui avais dit que je le dirais, déjà ! Oh ! si monseigneur n’était pas venu, j’aurais bien repris le ruban, car je suis presque aussi forte que lui.

La Comtesse.

Il y a du sang !

(Elle détache le ruban.)
Chérubin, honteux.

Ce matin, comptant partir, j’arrangeais la gourmette de mon cheval ; il a donné de la tête, et la bossette m’a effleuré le bras.

La Comtesse.

On n’a jamais mis un ruban…

Suzanne.

Et surtout un ruban volé. — Voyons donc ce que la bossette… la courbette… la cornette du cheval… Je n’entends rien à tous ces noms-là. — Ah ! qu’il a le bras blanc ! c’est comme une femme ! plus blanc que le mien ! Regardez donc, madame !

(Elle les compare.)
La Comtesse, d’un ton glacé.

Occupez-vous plutôt de m’avoir du taffetas gommé dans ma toilette.

(Suzanne lui pousse la tête en riant ; il tombe sur les deux mains. Elle entre dans le cabinet au bord du théâtre.)