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Le Mariage de FigaroScène XX

Le Mariage de Figaro
Chapitre 35 / 90

Scène XX

SUZANNE, FIGARO, LA COMTESSE, LE COMTE.
Figaro, arrivant tout essoufflé.

On disait madame incommodée. Je suis vite accouru… Je vois avec joie qu’il n’en est rien.

Le Comte, sèchement.

Vous êtes fort attentif.

Figaro.

Et c’est mon devoir. Mais puisqu’il n’en est rien, monseigneur, tous vos jeunes vassaux des deux sexes sont en bas avec les violons et les cornemuses, attendant, pour m’accompagner, l’instant où vous permettrez que je mène ma fiancée…

Le Comte.

Et qui surveillera la comtesse au château ?

Figaro.

La veiller ! elle n’est pas malade.

Le Comte.

Non ; mais cet homme absent qui doit l’entretenir ?

Figaro.

Quel homme absent ?

Le Comte.

L’homme du billet que vous avez remis à Basile.

Figaro.

Qui dit cela ?

Le Comte.

Quand je ne le saurais pas d’ailleurs, fripon, ta physionomie, qui t’accuse, me prouverait déjà que tu mens.

Figaro.

S’il est ainsi, ce n’est pas moi qui mens, c’est ma physionomie.

Suzanne.

Va, mon pauvre Figaro, n’use pas ton éloquence en défaites ; nous avons tout dit.

Figaro.

Et quoi dit ? Vous me traitez comme un Basile !

Suzanne.

Que tu avais écrit le billet de tantôt pour faire accroire à monseigneur, quand il entrerait, que le petit page était dans ce cabinet, où je me suis enfermée.

Le Comte.

Qu’as-tu à répondre ?

La Comtesse.

Il n’y a plus rien à cacher, Figaro ; le badinage est consommé.

Figaro, cherchant à deviner.

Le badinage… est consommé ?

Le Comte.

Oui, consommé. Que dis-tu là-dessus ?

Figaro.

Moi ! je dis… que je voudrais bien qu’on en pût dire autant de mon mariage ; et si vous l’ordonnez…

Le Comte.

Tu conviens donc enfin du billet ?

Figaro.

Puisque madame le veut, que Suzanne le veut, que vous le voulez vous-même, il faut bien que je le veuille aussi : mais à votre place, en vérité, monseigneur, je ne croirais pas un mot de tout ce que nous vous disons.

Le Comte.

Toujours mentir contre l’évidence ! À la fin, cela m’irrite.

La Comtesse, en riant.

Eh ! ce pauvre garçon ! pourquoi voulez-vous, monsieur, qu’il dise une fois la vérité ?

Figaro, bas à Suzanne.

Je l’avertis de son danger ; c’est tout ce qu’un honnête homme peut faire.

Suzanne, bas.

As-tu vu le petit page ?

Figaro, bas.

Encore tout froissé.

Suzanne, bas.

Ah ! pécaïre !

La Comtesse.

Allons, monsieur le comte, ils brûlent de s’unir : leur impatience est naturelle ; entrons pour la cérémonie.

Le Comte, à part.

Et Marceline, Marceline… (Haut.) Je voudrais être… au moins vêtu.

La Comtesse.

Pour nos gens ! Est-ce que je le suis ?