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Le Mariage de FigaroScène V

Le Mariage de Figaro
Chapitre 62 / 90

Scène V

Les jeunes filles, Chérubin au milieu d’elles ; FANCHETTE, ANTONIO, LE COMTE, LA COMTESSE, SUZANNE.
Antonio.

Moi je vous dis, monseigneur, qu’il y est ; elles l’ont habillé chez ma fille ; toutes ses hardes y sont encore, et voilà son chapeau d’ordonnance que j’ai retiré du paquet. (Il s’avance, et, regardant toutes les filles, il reconnaît Chérubin, lui enlève son bonnet de femme, ce qui fait retomber ses longs cheveux en cadenette. Il lui met sur la tête le chapeau d’ordonnance et dit :) Eh parguenne, v’là notre officier !

La Comtesse recule.

Ah ciel !

Suzanne.

Ce friponneau !

Antonio.

Quand je disais là-haut que c’était lui !…

Le Comte, en colère.

Eh bien, madame ?

La Comtesse.

Eh bien, monsieur ! vous me voyez plus surprise que vous, et pour le moins aussi fâchée.

Le Comte.

Oui ; mais tantôt, ce matin ?

La Comtesse.

Je serais coupable, en effet, si je dissimulais encore. Il était descendu chez moi. Nous entamions le badinage que ces enfants viennent d’achever ; vous nous avez surprises l’habillant : votre premier mouvement est si vif ! il s’est sauvé, je me suis troublée ; l’effroi général a fait le reste.

Le Comte, avec dépit, à Chérubin.

Pourquoi n’êtes-vous pas parti ?

Chérubin, ôtant son chapeau brusquement.

Monseigneur…

Le Comte.

Je punirai ta désobéissance.

Fanchette, étourdiment.

Ah, monseigneur, entendez-moi ! Toutes les fois que vous venez m’embrasser, vous savez bien que vous dites toujours : Si tu veux m’aimer, petite Fanchette, je te donnerai ce que tu voudras.

Le Comte, rougissant.

Moi ! j’ai dit cela ?

Fanchette.

Oui, monseigneur. Au lieu de punir Chérubin, donnez-le-moi en mariage, et je vous aimerai à la folie.

Le Comte, à part.

Être ensorcelé par un page !

La Comtesse.

Eh bien, monsieur, à votre tour ! L’aveu de cette enfant, aussi naïf que le mien, atteste enfin deux vérités : que c’est toujours sans le vouloir si je vous cause des inquiétudes, pendant que vous épuisez tout pour augmenter et justifier les miennes.

Antonio.

Vous aussi, monseigneur ? Dame ! je vous la redresserai comme feu sa mère, qui est morte… Ce n’est pas pour la conséquence ; mais c’est que madame sait bien que les petites filles, quand elles sont grandes…

Le Comte, déconcerté, à part.

Il y a un mauvais génie qui tourne tout ici contre moi !