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Le Mariage de FigaroScène XXIV

Le Mariage de Figaro
Chapitre 39 / 90

Scène XXIV

SUZANNE, LA COMTESSE.
La Comtesse, dans sa bergère.

Vous voyez, Suzanne, la jolie scène que votre étourdi m’a value avec son billet.

Suzanne.

Ah ! madame, quand je suis rentrée du cabinet, si vous aviez vu votre visage ! il s’est terni tout à coup : mais ce n’a été qu’un nuage, et par degrés vous êtes devenue rouge, rouge, rouge !

La Comtesse.

Il a donc sauté par la fenêtre ?

Suzanne.

Sans hésiter, le charmant enfant ! Léger… comme une abeille !

La Comtesse.

Ah ! ce fatal jardinier ! Tout cela m’a remuée au point… que je ne pouvais rassembler deux idées.

Suzanne.

Ah ! madame, au contraire ; et c’est là que j’ai vu combien l’usage du grand monde donne d’aisance aux dames comme il faut, pour mentir sans qu’il y paraisse.

La Comtesse.

Crois-tu que le comte en soit la dupe ? Et s’il trouvait cet enfant au château !

Suzanne.

Je vais recommander de le cacher si bien…

La Comtesse.

Il faut qu’il parte. Après ce qui vient d’arriver, vous croyez bien que je ne suis pas tentée de l’envoyer au jardin à votre place.

Suzanne.

Il est certain que je n’irai pas non plus. Voilà donc mon mariage encore une fois…

La Comtesse se lève.

Attends… Au lieu d’un autre, ou de toi, si j’y allais moi-même ?

Suzanne.

Vous, madame ?

La Comtesse.

Il n’y aurait personne d’exposé… Le comte alors ne pourrait nier… Avoir puni sa jalousie, et lui prouver son infidélité ! cela serait… Allons : le bonheur d’un premier hasard m’enhardit à tenter le second. Fais-lui savoir promptement que tu te rendras au jardin. Mais surtout que personne…

Suzanne.

Ah ! Figaro.

La Comtesse.

Non, non. Il voudrait mettre ici du sien… Mon masque de velours, et ma canne ; que j’aille y rêver sur la terrasse.

(Suzanne entre dans le cabinet de toilette.)