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Le Mariage de FigaroScène III

Le Mariage de Figaro
Chapitre 60 / 90

Scène III

SUZANNE, LA COMTESSE.
La Comtesse.

As-tu ce qu’il nous faut pour troquer de vêtement ?

Suzanne.

Il ne faut rien, madame ; le rendez-vous ne tiendra pas.

La Comtesse.

Ah ! vous changez d’avis ?

Suzanne.

C’est Figaro.

La Comtesse.

Vous me trompez.

Suzanne.

Bonté divine !

La Comtesse.

Figaro n’est pas homme à laisser échapper une dot.

Suzanne.

Madame ! eh ! que croyez-vous donc ?

La Comtesse.

Qu’enfin, d’accord avec le comte, il vous fâche à présent de m’avoir confié ses projets. Je vous sais par cœur. Laissez-moi.

(Elle veut sortir.)
Suzanne se jette à genoux.

Au nom du ciel, espoir de tous ! Vous ne savez pas, madame, le mal que vous faites à Suzanne ! Après vos bontés continuelles et la dot que vous me donnez !…

La Comtesse la relève.

 ! mais… je ne sais ce que je dis ! En me cédant ta place au jardin, tu n’y vas pas, mon cœur ; tu tiens parole à ton mari, tu m’aides à ramener le mien.

Suzanne.

Comme vous m’avez affligée !

La Comtesse.

C’est que je ne suis qu’une étourdie. (Elle la baise au front.) Où est ton rendez-vous ?

Suzanne lui baise la main.

Le mot de jardin m’a seul frappée.

La Comtesse, montrant la table.

Prends cette plume, et fixons un endroit.

Suzanne.

Lui écrire !

La Comtesse.

Il le faut.

Suzanne.

Madame ! au moins c’est vous…

La Comtesse.

Je mets tout sur mon compte. (Suzanne s’assied, la Comtesse dicte.)

« Chanson nouvelle, sur l’air… Qu’il fera beau ce soir sous les grands marronniers… Qu’il fera beau ce soir… »

Suzanne écrit.

Sous les grands marronniers… Après ?

La Comtesse.

Crains-tu qu’il ne t’entende pas ?

Suzanne relit.

C’est juste. (Elle plie le billet.) Avec quoi cacheter ?

La Comtesse.

Une épingle, dépêche ! elle servira de réponse. Écris sur le revers : Renvoyez-moi le cachet.

Suzanne écrit en riant.

Ah ! le cachet !… Celui-ci, madame, est plus gai que celui du brevet.

La Comtesse, avec un souvenir douloureux.

Ah !

Suzanne cherche sur elle.

Je n’ai pas d’épingle à présent !

La Comtesse détache sa lévite.

Prends celle-ci. (Le ruban du page tombe de son sein à terre.) Ah ! mon ruban !

Suzanne le ramasse.

C’est celui du petit voleur ! Vous avez eu la cruauté…

La Comtesse.

Fallait-il le laisser à son bras ? c’eût été joli ! Donnez donc !

Suzanne.

Madame ne le portera plus, taché du sang de ce jeune homme.

La Comtesse le reprend.

Excellent pour Fanchette… Le premier bouquet qu’elle m’apportera…