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Les contemplations. Aujourd'huiI

Les contemplations. Aujourd'hui
Chapitre 56 / 115

I

Je suis l’être incliné qui jette ce qu’il pense ;

Qui demande à la nuit le secret du silence ;

Dont la brume emplit l’œil ;

Dans une ombre sans fond mes paroles descendent,

Et les choses sur qui tombent mes strophes rendent

Le son creux du cercueil.

Mon esprit, qui du doute a senti la piqûre,

Habite, âpre songeur, la rêverie obscure

Aux flots plombés et bleus,

Lac, hideux où l’horreur tord ses bras, pâle nymphe,

Et qui fait boire une eau morte comme la lymphe

Aux rochers scrofuleux.

Le Doute, fils bâtard de l’aïeule Sagesse,

Crie : – A quoi bon ? – devant l’éternelle largesse,

Nous fait tout oublier,

S’offre à nous, morne abri, dans nos marches sans nombre,

Nous dit : – Es-tu las ? Viens ! – et l’homme dort à l’ombre

De ce mancenilier.

L’effet pleure et sans cesse interroge la cause.

La création semble attendre quelque chose.

L’homme à l’homme est obscur.

Où donc commence l’âme ? où donc finit la vie ?

Nous voudrions, c’est là notre incurable envie,

Voir par-dessus le mur.

Nous rampons, oiseaux pris sous le filet de l’être ;

Libres et prisonniers, l’immuable pénètre

Toutes nos volontés ;

Captifs sous le réseau des choses nécessaires,

Nous sentons se lier des fils à nos misères

Dans les immensités.