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Les contemplations. Aujourd'huiIII

Les contemplations. Aujourd'hui
Chapitre 58 / 115

III

Le sort nous use au jour, triste meule qui tourne,

L’homme inquiet et vain croit marcher, il séjourne ;

Il expire en créant.

Nous avons la seconde et nous rêvons l’année ;

Et la dimension de notre destinée,

C’est poussière et néant.

L’abîme, où les soleils sont les égaux des mouches,

Nous tient ; nous n’entendons que des sanglots farouches

Ou des rires moqueurs ;

Vers la cible d’en haut qui dans l’azur s’élève,

Nous lançons nos projets, nos vœux, l’espoir, le rêve,

Ces flèches de nos cœurs.

Nous voulons durer, vivre, être éternels. O cendre !

Où donc est la fourmi qu’on appelle Alexandre ?

Où donc le ver César ?

En tombant sur nos fronts, la minute nous tue.

Nous passons, noir essaim, foule de deuil vêtue,

Comme le bruit d’un char.

Nous montons à l’assaut du temps comme une armée.

Sur nos groupes confus que voile la fumée

Des jours évanouis,

L’énorme éternité luit, splendide et stagnante ;

Le cadran, bouclier de l’heure rayonnante,

Nous terrasse éblouis !