Les contemplations. Aujourd'hui — III
III
Le sort nous use au jour, triste meule qui tourne,
L’homme inquiet et vain croit marcher, il séjourne ;
Il expire en créant.
Nous avons la seconde et nous rêvons l’année ;
Et la dimension de notre destinée,
C’est poussière et néant.
Nous voulons durer, vivre, être éternels. O cendre !
Où donc est la fourmi qu’on appelle Alexandre ?
Où donc le ver César ?
En tombant sur nos fronts, la minute nous tue.
Nous passons, noir essaim, foule de deuil vêtue,
Comme le bruit d’un char.
Nous montons à l’assaut du temps comme une armée.
Sur nos groupes confus que voile la fumée
Des jours évanouis,
L’énorme éternité luit, splendide et stagnante ;
Le cadran, bouclier de l’heure rayonnante,
Nous terrasse éblouis !