Aller au contenu principal

Les contemplations. Aujourd'huiII

Les contemplations. Aujourd'hui
Chapitre 74 / 115

II

Nuits, serez-vous pour nous toujours ce que vous êtes ?

Pour toute vision, aurons-nous sur nos têtes

Toujours les mêmes cieux ?

Dis, larve Aldebaran, réponds, spectre Saturne,

Ne verrons-nous jamais sur le masque nocturne

S’ouvrir de nouveaux yeux ?

Ne verrons-nous jamais briller de nouveaux astres ?

Et des cintres nouveaux, et de nouveaux pilastres

Luire à notre œil mortel,

Dans cette cathédrale aux formidables porches

Dont le septentrion éclaire avec sept torches,

L’effrayant maître-autel ?

A-t-il cessé, le vent qui fit naître ces roses,

Sirius, Orion, toi, Vénus, qui reposes

Notre œil dans le péril ?

Ne verrons-nous jamais sous ces grandes haleines

D’autres fleurs de lumière éclore dans les plaines

De l’éternel avril ?

Savons-nous où le monde en est de son mystère ?

Qui nous dit, à nous, joncs du marais, vers de terre

Dont la bave reluit,

A nous qui n’avons pas nous-mêmes notre preuve,

Que Dieu ne va pas mettre une tiare neuve

Sur le front de la nuit ?