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Le Menteur (Corneille, Marty-Laveaux, 1862)Scène VII.

Le Menteur (Corneille, Marty-Laveaux, 1862)
Chapitre 32 / 41

Scène VII.

CLITON, SABINE.
CLITON.

1305Tu vois que les effets préviennent les paroles ;
C’est un homme qui fait litière de pistoles[16] ;
Mais comme auprès de lui je puis beaucoup pour toi…

SABINE.

Fais tomber de la pluie, et laisse faire à moi.

CLITON.

Tu viens d’entrer en goût.

SABINE.

Tu viens d’entrer en goût.Avec mes révérences,
1310Je ne suis pas encor si dupe que tu penses.
Je sais bien mon métier, et ma simplicité
Joue aussi bien son jeu que ton avidité.

CLITON.

Si tu sais ton métier, dis-moi quelle espérance
Doit obstiner mon maître à la persévérance.
1315Sera-t-elle insensible ? en viendrons-nous à bout ?

SABINE.

Puisqu’il est si brave homme, il faut te dire tout.
Pour te désabuser, sache donc que Lucrèce
N’est rien moins qu’insensible à l’ardeur qui le presse ;
Durant toute la nuit elle n’a point dormi[17] ;
1320Et si je ne me trompe, elle l’aime à demi.

CLITON.

Mais sur quel privilége est-ce qu’elle se fonde,

Quand elle aime à demi, de maltraiter le monde ?
Il n’en a cette nuit reçu que des mépris.
Chère amie, après tout, mon maître vaut son prix.
1325Ces amours à demi sont d’une étrange espèce ;
Et s’il vouloit me croire, il quitteroit Lucrèce.

SABINE.

Qu’il ne se hâte point, on l’aime assurément.

CLITON.

Mais on le lui témoigne un peu bien rudement ;
Et je ne vis jamais de méthodes pareilles.

SABINE.

1330Elle tient, comme on dit, le loup par les oreilles :
Elle l’aime, et son cœur n’y sauroit consentir,
Parce que d’ordinaire il ne fait que mentir.
Hier même elle le vit dedans les Tuileries,
Où tout ce qu’il conta n’étoit que menteries.
1335Il en a fait autant depuis à deux ou trois.

CLITON.

Les menteurs les plus grands disent vrai quelquefois.

SABINE.

Elle a lieu de douter et d’être en défiance.

CLITON.

Qu’elle donne à ses feux un peu plus de croyance :
Il n’a fait toute nuit que soupirer d’ennui.

SABINE.

1340Peut-être que tu mens aussi bien comme lui.

CLITON.

Je suis homme d’honneur ; tu me fais injustice.

SABINE.

Mais dis-moi, sais-tu bien qu’il n’aime plus Clarice ?

CLITON.

Il ne l’aima jamais.

SABINE.

Il ne l’aima jamais.Pour certain ?

CLITON.

Il ne l’aima jamais.Pour certain ?Pour certain.

SABINE.

Qu’il ne craigne donc plus de soupirer en vain :
1345Aussitôt que Lucrèce a pu le reconnoître,
Elle a voulu qu’exprès je me sois fait paroître,
Pour voir si par hasard il ne me diroit rien ;
Et s’il l’aime en effet, tout le reste ira bien.
Va-t-en ; et sans te mettre en peine de m’instruire,
1350Crois que je lui dirai tout ce qu’il lui faut dire.

CLITON.

Adieu : de ton côté si tu fais ton devoir,
Tu dois croire du mien que je ferai pleuvoir.