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Le Menteur (Corneille, Marty-Laveaux, 1862)Scène IX.

Le Menteur (Corneille, Marty-Laveaux, 1862)
Chapitre 34 / 41

Scène IX.

CLARICE, LUCRÈCE, SABINE.
CLARICE.

Il t’en veut tout de bon, et m’en voilà défaite ;
1390Mais je souffre aisément la perte que j’ai faite :
Alcippe la répare, et son père est ici.

LUCRÈCE.

Te voilà donc bientôt quitte d’un grand souci ?

CLARICE.

M’en voilà bientôt quitte ; et toi, te voilà prête
À t’enrichir bientôt d’une étrange conquête.
Tu sais ce qu’il m’a dit.

SABINE.

1395Tu sais ce qu’il m’a dit.S’il vous mentoit alors,
À présent, il dit vrai ; j’en réponds corps pour corps.

CLARICE.

Peut-être qu’il le dit ; mais c’est un grand peut-être.

LUCRÈCE.

Dorante est un grand fourbe, et nous l’a fait connoître ;
Mais s’il continuoit encore à m’en conter,
1400Peut-être avec le temps il me feroit douter.

CLARICE.

Si tu l’aimes, du moins, étant bien avertie,
Prends bien garde à ton fait, et fais bien ta partie.

LUCRÈCE.

C’en est trop ; et tu dois seulement présumer
Que je penche à le croire, et non pas à l’aimer[22].

CLARICE.

1405De le croire à l’aimer la distance est petite :
Qui fait croire ses feux fait croire son mérite ;
Ces deux points en amour se suivent de si près,
Que qui se croit aimée aime bientôt après[23].

LUCRÈCE.

La curiosité souvent dans quelques âmes
1410Produit le même effet que produiroient des flammes.

CLARICE.

Je suis prête à le croire afin de t’obliger.

SABINE.

Vous me feriez ici toutes deux enrager.
Voyez, qu’il est besoin de tout ce badinage !
Faites moins la sucrée, et changez de langage,
1415Ou vous n’en casserez, ma foi, que d’une dent[24].

LUCRÈCE.

Laissons là cette folle, et dis-moi cependant[25],
Quand nous le vîmes hier dedans les Tuileries,
Qu’il te conta tant de galanteries,

Il fut, ou je me trompe, assez bien écouté.
1420Étoit-ce amour alors, ou curiosité ?

CLARICE.

Curiosité pure, avec dessein de rire
De tous les compliments qu’il auroit pu me dire.

LUCRÈCE.

Je fais de ce billet même chose à mon tour ;
Je l’ai pris, je l’ai lu, mais le tout sans amour :
1425Curiosité pure, avec dessein de rire
De tous les compliments qu’il auroit pu m’écrire.

CLARICE.

Ce sont deux que de lire, et d’avoir écouté :
L’une est grande faveur ; l’autre, civilité ;
Mais trouves-y ton compte, et j’en serai ravie ;
1430En l’état où je suis, j’en parle sans envie.

LUCRÈCE.

Sabine lui dira que je l’ai déchiré.

CLARICE.

Nul avantage ainsi n’en peut être tiré.
Tu n’es que curieuse.

LUCRÈCE.

Tu n’es que curieuse.Ajoute : à ton exemple.

CLARICE.

Soit. Mais il est saison que nous allions au temple.

LUCRÈCE, à Clarice.

Allons.

(À Sabine.)

1435Allons.Si tu le vois, agis comme tu sais.

SABINE.

Ce n’est pas sur ce coup que je fais mes essais :
Je connois à tous deux où tient la maladie,
Et le mal sera grand si je n’y remédie ;

Mais sachez qu’il est homme à prendre sur le vert[26].

LUCRÈCE.

Je te croirai.

SABINE.

1440Je te croirai.Mettons cette pluie à couvert.

FIN DU QUATRIÈME ACTE.
  1. Var. Et quoique sur ce point elle les désavoue. (1644-64)
  2. Var. À quelque prix qu’ils soient, il m’en faut acheter. (1644-56)
  3. Var.L’on ne sait ; mais dedans ce murmure,
    À peu près comme vous je vois qu’on le figure. (1644-56)
  4. Var. Un homme tel que nous ne se réjouit guère. (16644-68)
  5. Var. Croit qu’on doive l’entendre au moindre mot qu’il dit. (1644-56)
  6. Un peu plus haut (acte II, scène vi, vers 703 et 706) Cliton a dit :
    Avec ces qualités j’ose bien espérer
    Qu’assez malaisément je pourrai m’en parer.
    Ces deux passages sont ironiques ; Voltaire a donc tort de dire : « On peut remarquer qu’espérer ne se prenant jamais en mauvaise part, ne peut pas servir de synonyme à craindre, et qu’ici l’expression n’est point juste. »
  7. Var. Mais vous en contez tant, à toute heure, en tout lieu,
    Que quiconque en échappe est bien aimé de Dieu. (1644-63)
  8. Var. Que pour en échapper il faudroit de bons yeux. (1664)
  9. L’opinion générale est que ce fut le chevalier Digby qui apporta en France ce prétendu remède. Il exposa ses principes devant l’Académie de Montpellier, dans un Discours non daté, dont le privilège est du 21 décembre 1651, et une vive polémique s’engagea sur ce point ; mais on voit qu’il était question beaucoup plus tôt de la poudre de sympathie. Déjà en 1647 un traité spécial était publié à Paris sous ce titre : Nicolaï Papinii… de pulvere sympathico dissertatio, in-8o. Nous pouvons remonter encore un peu plus haut : l’édition de 1644 de l’Abrégé chirurgical d’Honoré Lamy est augmentée d’un Discours de la poudre de sympathie par M. G. Sauvageon. Nous y trouvons un renseignement qui nous reporte tout juste au temps où Corneille fait parler Dorante. « Il faut savoir, dit l’auteur, qu’il y a quelque deux ou trois ans que cette poudre commença d’avoir cours en ce royaume ; mais elle se donna ouvertement à connoître en l’année 1642 en l’armée de Roussillon. » La recette avait été achetée une cinquantaine de pistoles d’Espagne.
  10. Var. Qu’en moins de fermer l’œil on ne s’en souvient pas. (1644-60)
  11. Var. Que ce seroit pour toi des trésors inutiles. (1644-64)
  12. Var. Vous avez bien besoin de dix des mieux nourries. (1644 et 48)
    Var. Vous aviez bien besoin de dix des mieux nourries. (1652-56)
  13. C’est dans ce sens que « M. de Bautru, parlant d’une personne dont il n’étoit pas encore sorti un bon mot, disoit : « Il est toujours plein de bons mots. » (Ménagiana, tome II, p. 289.)
  14. Ici Cliton, frappé d’un étonnement mêlé d’admiration, saisit la basque de l’habit de Dorante et la baise. Je ne sais si ce jeu de scène est fort ancien ; il était pratiqué par Dazincourt, qui, à la vérité, en ajoutait souvent à ses rôles. Plusieurs, qui semblaient un peu outrés, ont été supprimés après lui ; mais celui-ci, adopté par M. Samson, qui a fait preuve en ces matières d’un goût si fin et si sûr, paraît définitivement consacré.
  15. Var. Que l’aise que j’avois ne put pas me permettre. (1644-56)
  16. Var. Il est homme qui fait litière de pistoles. (1644-56)
  17. Var. De toute cette nuit elle n’a point dormi. (1644-56)
  18. Var. sabine, lucrèce. (1644-63)
  19. Var. Elle meurt de savoir que chante le poulet. (1644-56)
  20. Var. Qu’avec un peu de temps on amollit leurs âmes. (1644-56)
  21. Var. Qu’il peut me rencontrer et paroître à mes yeux. (1644-56)
  22. Var. Que je suis pour le croire, et non pas pour l’aimer. (1644-56)
  23. Var. [Que qui se croit aimée aime bientôt après.]
    lucr. Si je te disois donc qu’il va jusqu’à m’écrire,
    Que je tiens son billet, que j’ai voulu le lire ?
    clar. Sans crainte d’en trop dire ou d’en trop présumer,
    Je dirois que déjà tu vas jusqu’à l’aimer.
    [lucr. La curiosité souvent dans quelques âmes.] (1644 in-4o)
  24. N’en casser que d’une dent signifie qu’on ne mangera point de quelque chose, qu’on n’en aura pas plein contentement, et qu’on n’obtiendra point ce qu’on prétend. Voyez le Dictionnaire de Furetière.
  25. Var. Laissons là cette folle, et me dis cependant. (1644-56)
  26. Prendre sur le vert, c’est prendre à l’improviste. Voyez le Lexique.

  1. Var. Et quoique sur ce point elle les désavoue. (1644-64)
  2. Var. À quelque prix qu’ils soient, il m’en faut acheter. (1644-56)
  3. Var.L’on ne sait ; mais dedans ce murmure,
    À peu près comme vous je vois qu’on le figure. (1644-56)
  4. Var. Un homme tel que nous ne se réjouit guère. (16644-68)
  5. Var. Croit qu’on doive l’entendre au moindre mot qu’il dit. (1644-56)
  6. Un peu plus haut (acte II, scène vi, vers 703 et 706) Cliton a dit :
    Avec ces qualités j’ose bien espérer
    Qu’assez malaisément je pourrai m’en parer.
    Ces deux passages sont ironiques ; Voltaire a donc tort de dire : « On peut remarquer qu’espérer ne se prenant jamais en mauvaise part, ne peut pas servir de synonyme à craindre, et qu’ici l’expression n’est point juste. »
  7. Var. Mais vous en contez tant, à toute heure, en tout lieu,
    Que quiconque en échappe est bien aimé de Dieu. (1644-63)
  8. Var. Que pour en échapper il faudroit de bons yeux. (1664)
  9. L’opinion générale est que ce fut le chevalier Digby qui apporta en France ce prétendu remède. Il exposa ses principes devant l’Académie de Montpellier, dans un Discours non daté, dont le privilège est du 21 décembre 1651, et une vive polémique s’engagea sur ce point ; mais on voit qu’il était question beaucoup plus tôt de la poudre de sympathie. Déjà en 1647 un traité spécial était publié à Paris sous ce titre : Nicolaï Papinii… de pulvere sympathico dissertatio, in-8o. Nous pouvons remonter encore un peu plus haut : l’édition de 1644 de l’Abrégé chirurgical d’Honoré Lamy est augmentée d’un Discours de la poudre de sympathie par M. G. Sauvageon. Nous y trouvons un renseignement qui nous reporte tout juste au temps où Corneille fait parler Dorante. « Il faut savoir, dit l’auteur, qu’il y a quelque deux ou trois ans que cette poudre commença d’avoir cours en ce royaume ; mais elle se donna ouvertement à connoître en l’année 1642 en l’armée de Roussillon. » La recette avait été achetée une cinquantaine de pistoles d’Espagne.
  10. Var. Qu’en moins de fermer l’œil on ne s’en souvient pas. (1644-60)
  11. Var. Que ce seroit pour toi des trésors inutiles. (1644-64)
  12. Var. Vous avez bien besoin de dix des mieux nourries. (1644 et 48)
    Var. Vous aviez bien besoin de dix des mieux nourries. (1652-56)
  13. C’est dans ce sens que « M. de Bautru, parlant d’une personne dont il n’étoit pas encore sorti un bon mot, disoit : « Il est toujours plein de bons mots. » (Ménagiana, tome II, p. 289.)
  14. Ici Cliton, frappé d’un étonnement mêlé d’admiration, saisit la basque de l’habit de Dorante et la baise. Je ne sais si ce jeu de scène est fort ancien ; il était pratiqué par Dazincourt, qui, à la vérité, en ajoutait souvent à ses rôles. Plusieurs, qui semblaient un peu outrés, ont été supprimés après lui ; mais celui-ci, adopté par M. Samson, qui a fait preuve en ces matières d’un goût si fin et si sûr, paraît définitivement consacré.
  15. Var. Que l’aise que j’avois ne put pas me permettre. (1644-56)
  16. Var. Il est homme qui fait litière de pistoles. (1644-56)
  17. Var. De toute cette nuit elle n’a point dormi. (1644-56)
  18. Var. sabine, lucrèce. (1644-63)
  19. Var. Elle meurt de savoir que chante le poulet. (1644-56)
  20. Var. Qu’avec un peu de temps on amollit leurs âmes. (1644-56)
  21. Var. Qu’il peut me rencontrer et paroître à mes yeux. (1644-56)
  22. Var. Que je suis pour le croire, et non pas pour l’aimer. (1644-56)
  23. Var. [Que qui se croit aimée aime bientôt après.]
    lucr. Si je te disois donc qu’il va jusqu’à m’écrire,
    Que je tiens son billet, que j’ai voulu le lire ?
    clar. Sans crainte d’en trop dire ou d’en trop présumer,
    Je dirois que déjà tu vas jusqu’à l’aimer.
    [lucr. La curiosité souvent dans quelques âmes.] (1644 in-4o)
  24. N’en casser que d’une dent signifie qu’on ne mangera point de quelque chose, qu’on n’en aura pas plein contentement, et qu’on n’obtiendra point ce qu’on prétend. Voyez le Dictionnaire de Furetière.
  25. Var. Laissons là cette folle, et me dis cependant. (1644-56)
  26. Prendre sur le vert, c’est prendre à l’improviste. Voyez le Lexique.